Poésie et perception du temps au travers des ressentis et des sentiments.
Le temps... une notion personnalisable qui peut se gérer mais qui ne se maîtrise pas.
Le temps... un animal sauvage, insaisissable qui s’improvise mais qui ne s’apprivoise pas
Sétéfilla
Je veux être avec toi
Je veux faire partie de toi
Et je veux t'aimer
T'aimer toute la vie
Sans jamais rien te reprocher
Je veux t'aimer ainsi
Tout simplement
Sans rien reprocher au temps
Et te garder longtemps
Et t'épuiser lentement
Et t'épouser en un instant
Et te regarder tendrement
Te faire l'amour cruellement
Puis te regarder gentiment
Voir au travers de tes sentiments
Voir au travers du temps
Je veux avoir tout le temps
Tout le temps de t'aimer
Tout le temps de vieillir
Tout le temps de t'aimer
Pour pouvoir ensuite mourir
Sétéfilla
L'image magique de l'âge
Se mire sur le rivage
Avec l'agilité d'un mage
Qui vous invite au mirage
Fragile comme l'argile
Et adepte de l'exil
L'âge prend en gage
L'image du voyage
Puis s'enfuit à la nage
Laissant sur son sillage
Des rides sur le visage
Témoins de son passage
Sétéfilla
Sous une pluie d'or
Un soleil sourit
Sous des nuées d'argent
Un soleil sourit
Toujours et encore
Le soleil sourit
Mais au loin, se balançant
Un astre luit
Un astre blanc
Qui jamais ne sourit
Triste et désolant
Plein de mélancolie
C'est l'astre de la nuit
C'est la lune qui
S'est endormie
Se berçant doucement
Au son du silence effrayant
Au son du silence errant
Du silence timide, du silence rigide
Du silence sans rides, de l'infatigable silence de la nuit
Et chaque soir
C'est la même histoire
La lune prend place
Dans l'immense espace
Elle tire son rideau noir
Allume les étoiles de l'espoir
Et puis s'endort
Au son du silence d'or
Sétéfilla
C'est la guerre qui n'en finit pas…
C'est un amour fait d'horreurs et de haines
C'est une chanson sans paroles
Une mélodie atroce faite de crimes et de sang
C'est une histoire d'amour pourtant…
Une histoire qui n'en finit pas…
Un royaume de larmes où la peine est reine
Où les cris sont les fruits d'arbres impuissants
Une vie dont l'espoir brûle de survivre
Une ville où le pouvoir et l'alcool enivrent
Sur les rosaires, les vies s'égrènent au fil du temps
Le silence de la mort couvre les cris des vivants
Une atrocité infiniment belle pourtant
Frêle comme le vent léger et transparent
Essentielle comme l'eau claire et amère
Qui ne cesse de couler pareil au sang
Le temps n'est plus rien…
Rien qu'un mot qui progresse de temps en temps
Un ultime espoir monte en moi
Et soudain redescend vers cette sombre clairière
Je me perds, je me perds dans mes idées
Je ne sais plus ce qu'est la guerre
Tout est faux et tout est vrai cependant
Errance et décadence, triste état de délabrement
Au-delà de cette barrière de feu et de sang
Je cherche la lumière, la lueur d'un rayon vivant
Dans mes yeux, le désespoir, une larme brûle ma joue
Et je ne vois plus, aveuglée par la pensée d'y voir clair
C'est la guerre qui n'en finit pas…
C'est une mélodie à faire pleurer les sourds
Une histoire qui n'en finit pas…
Sétéfilla
Depuis deux ans déjà, je ne cesse de changer d'air
Au gré du vent je navigue sur des flots différents
Parfois, j'arrive à jeter l'ancre et à toucher terre
Je me projette dans un futur à l'abri du vent
Le temps d'une escale je construis de nouveaux repères
Mais je remonte dans ma galère à peine j'en descends
Mes bagages chargés d'amour, de passions, de colères
Deviennent de plus en plus lourds à porter maintenant
Ainsi lestée, je pars poussée par des vents contraires
Au risque de couler, je fuis le passé, le futur et le présent
Sétéfilla
Il suffit parfois de deviner la berge éloignée
S'offrant, dans la brume, si proche et lointaine
Alors faire quelques brasses de plus et soudaines
Ne pas couler, prendre pied, pour un futur renouvelé
Philippe
Accepter des autres et s'accepter soi-même
Cesser de fuir, de s'éparpiller aux quatre vents
Accepter le passé et vivre le temps présent
Accepter la main qu'un ami vous tend
Et entrevoir l'avenir dans les yeux de ceux qu'on aime
Sétéfilla
Le temps viendra où, plein d'allégresse, tu salueras ta propre venue à ta propre porte, dans ton propre miroir,
et chacun sourira devant l'accueil de l'autre, et dira :
Assieds-toi. Mange.
Tu aimeras à nouveau l'étranger qu'était ton être.
Offre du vin. Offre du pain. Rends ton cœur à ton cœur,
à l'étranger qui t'a aimé toute ta vie, que tu as ignoré,
pour un autre, qui te connaît par cœur.
Descends les lettres d'amour de l'étagère, les photographies, les billets désespérés, détache ta propre image du miroir. Assieds-toi. Savoure ta vie.
Derek Walcott